Retour sur le ciné-débat

« Le cinéma, c’est un stylo, du papier et des heures à observer le monde et les gens » témoignait Jacques Tati.

Et le cinéma est un art de l’espace et de la lumière. Ce modus operandi n’est pas sans évoquer le travail de l’architecte. Le cinéma, vecteur ludique et attractif permettant un accès large à la culture, se révèle donc extrêmement pertinent pour sensibiliser à la conception du cadre de vie.

L’objectif du CAUE a été de constituer de véritables cycles de projections et de débats pour aborder de façon transversale les questions d’architecture, d’urbanisme et de paysage. Les participants pouvaient sans difficulté se rendre à une, plusieurs ou toutes les projections,l’échange permettant si besoin, et en fonction des apports des participants de chaque séance, de resituer le contexte des séances précédentes. Les projections de films, suivis d’échanges entre les spectateurs et les professionnels du CAUE, architectes urbanistes et paysagistes concepteurs, ont eu pour objet de susciter des questionnements, partager les ressentis, apporter des éléments de compréhension et de mise en perspective par rapport aux enjeux locaux et au regard professionnel, de partager leurs liens avec la culture des protagonistes tout comme leurs expériences et références culturelles. Le but : faire émerger et conforter la culture de la qualité du cadre de vie. Chacun pourra ensuite la mobiliser dans son quotidien et la transmettre à son tour.

La petite gourmandise en bonus fut La glace à la fourme, court métrage savoureux sur le thème de la revitalisation des territoires ruraux. Ce film capiteux, à la fois métaphorique et pragmatique, présenté lors de l’Assemblée Générale du CAUE, a été réalisé par le collectif Etc et produit par la FNPNR. Dans la bonne humeur, il a permis d’ouvrir la réflexion et d’imaginer des pistes réalistes au service du devenir de nos collectivités.

Le premier cycle s’est composé de 5 films, tous les 1ers jeudis du mois, de février à juin 2017.

1ère séance : INCEPTION de Christopher Nolan
« Quand on est endormi, l’esprit est capable d’à peu près tout. » (Cobb. Inception). Capable donc, pour l’architecte, d’inventer des villes idéales et des espaces fabuleux. Mais comment s’extraire de ce monde imaginaire pour faire de ce rêve une réalité ? Inception nous détaille ces ambiguïtés fascinantes entre illusion, hallucination ou fiction pour nous aider à approcher cette vérité et nous faire vivre une réalité augmentée !
L’occasion de confronter nos propres visions des limites du réel et décrypter ensemble cette expérience de rêves partagés.

2ème séance : INSIDE OUT d’Alastair Siddons
Le Street Art, issu de la culture de la rue du Hip-Hop, est par définition un explorateur de l’espace public urbain. L’ensemble des arts, codes et techniques que cette culture engage interpelle les usagers du lieu investi.
Au delà du double paradigme du Street Art entre vandalisme et œuvre d’art, il est possible de percevoir non plus la rue comme un simple lieu de vie, mais comme véritable support d’art.
Interrogeons-nous sur la valeur, le rôle et la démarche d’un artiste dans l’espace public et dans le processus de fabrication de la ville.

3ème séance : DOGVILLE de Lars von Trier
Dépouillé de toute architecture, le décor du film, ou plutôt l’absence de décor, interpelle. La représentation abstraite du village n’empêche pas la compréhension de l’histoire et du lien qui se tisse entre les acteurs mais questionne sur l’importance et les conséquences d’un environnement bâti. Faire tomber les murs s’apparente-t-il à lever les masques ? Et si l’architecture avait un rôle à jouer dans la morale de l’histoire ? Que dire de cette conception moraliste de la société ?

4ème et 5ème séance : LE CHATEAU DANS LE CIEL d’Hayao Miyazaki
(Une projection dédiée au grand public, et une projection pour 5 classes de CM1 et CM2).
Sous une parfaite maîtrise de l’écriture narrative, le spectateur est entrainé dans un large panel d’émotions. Cette brillante utilisation des émotions entre colère, tristesse, abnégation, amitié, espoir… permet de mettre en lumière notre monde actuel et de dénoncer fortement son fonctionnement. La société retro-futuriste où évoluent les personnages est le cadre d’une confrontation entre humanité et technologies.
L’occasion de s’interroger sur le rôle des technologies et la place qu’elle peuvent avoir dans notre société mais aussi sur l’équilibre à avoir entre constructions humaines et nature.

6ème séance : LULLABY TO MY FATHER d’Amos Gitaï
Sous forme de documentaire entre road-movie et flash back, Amos Gitaï nous convie dans sa quête existentielle sur les traces de son père architecte à explorer les différents types de liens affectifs, architecturaux et sociétaux qui opèrent sur la constitution de notre personnalité.
Une façon de découvrir les courants d’architecture qui ont façonné le paysage et comprendre l’interaction et l’influence des bouleversements majeurs de la société sur cet art.

Le second cycle s’est composé de 8 films échelonnés tous les 2èmes jeudis du mois, d’octobre 2017 à mai 2018.
Le thème choisi était le territoire ; il fut en particulier question de l’appréhension des différentes échelles auxquelles tout habitant peut «éprouver» le territoire, c’est à dire simultanément le ressentir et le mettre à l’épreuve, en faire éventuellement son territoire, et le partager ; des causes, des critères, des corollaires de cette appropriation et de ses possibles.

1ère séance : NO PASARAN de Emmanuel Caussé & Eric Martin
Thème : Le milieu rural
Comédie loufoque sur un fond de réalisme, ce film mêle simplement les enjeux des territoires d’aujourd’hui. Jeux d’acteurs et convictions interrogent le spectateur sur ce qui constitue un terroir entre paradigme écologique et financier.

2ème séance : L’ARBRE, LE MAIRE ET LA MEDIATHEQUE d’Eric Rohmer
Thème : Le village
On discute ferme au village où la médiathèque, encore à l’état de maquette, oblige les protagonistes des lieux à disserter sur leur arbre, leur champ, leur clocher, leurs vaches, leurs loisirs… Et si un projet politique menaçait l’image du village ?

3ème séance : IN JACKSON HEIGHTS de Frederick Wiseman
Thème : La ville
Immersion dans les quartiers cosmopolites New-Yorkais, où le dilemme du vivre en communauté tout en préservant son identité laisse place à des combats mettant en exergue d’innombrables richesses humaines et culturelles.

4ème séance : SOUS TOI, LA VILLE de Christoph Hochhäusler
Thème : Le quartier d’affaire
Entre « métro, boulot, dodo », la ville se présente comme un espace habité bien rôdé. Mais se pourrait-il qu’une réalité plus complexe se joue de cette apparence ? La ville ne serait-elle qu’une façade ?

5ème séance : AQUARIUS de Kleber Mendonça Filho
Thème : L’appartement
Clara est comme un poisson dans l’eau dans son appartement. Mais une logique immobilière va vouloir l’en déloger, révélant ainsi l’insoupçonnable potentiel intimiste de son cadre de vie.

6ème séance : BANDE DE FILLES de Céline Sciamma
Thème : La banlieue
C’est d’abord une banlieue, mais pas seulement. La mise en scène de la ville dévoile des espaces d’appropriation pour les habitants. Mais qu’en est-il de la place de la femme dans l’espace public ?

7ème séance : MY ARCHITECT de Nathaniel Kahn
Thème : Le bâtiment
Entre interviews et visites, la présentation des bâtiments pensés et construits par le célèbre architecte américain Louis Kahn permet un voyage initiatique qui interroge sur ce que peut révéler une architecture.

8ème et 9ème séances : LE PROMENEUR D’OISEAU de Philippe Muyl
Thème : Liens Homme/Nature
(Une projection dédiée au grand public, et une projection proposée au public scolaire).
Beau voyage initiatique à travers les paysages d’une Chine contrastée. Au contact d’une nature qui lui est méconnue et avec l’aide de son grand-père, une fillette va découvrir ses racines et sa propre identité.

Partenariat

Le partenariat noué pour ces 2 cycles avec le cinéma d’art et d’essai Les Cinéastes a permis d’accueillir les spectateurs dans d’excellentes conditions et de dédoubler la diffusion de l’action puisque les médias comme les publics ont pu être touchés par la communication du CAUE comme des Cinéastes. Enfin, ce partenariat corroborait l’engagement du CAUE en faveur de la « culture des centres-villes » et non pas des équipements de périphérie qui consomment des terres agricoles, favorisent les déplacements individuels polluants, contribuent à destructurer l’espace urbain, et partant, le lien social.

Cette action a également reçu le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles des Pays de la Loire. Merci à elle et à tous les participants !

Mots-clés : architecture art cinéma